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Chapter 14 - Chapitre 14 — Ce qu’une route cache

Ils marchaient depuis deux jours quand l'embuscade arriva.

Aldric l'avait sentie venir — pas assez tôt, pas assez précisément. Il avait noté trois choses dans les vingt minutes précédentes : les oiseaux qui s'étaient tus trop brusquement sur la gauche, une odeur de cuir huilé qui n'avait rien à faire dans cette partie de la forêt, et Aev qui avait ralenti d'un demi-pas sans en avoir l'air. Trois signaux. Suffisants pour qu'il pose la main sur son Carnet.

Pas suffisants pour ce qui suivit.

Ils surgirent des deux côtés simultanément — une vingtaine d'hommes, peut-être plus, depuis les arbres et depuis les rochers qui bordaient le chemin. Pas des soldats en armure cette fois. Des chasseurs. Des gens qui connaissaient la forêt, qui avaient attendu longtemps et patiemment, qui savaient exactement où placer une ligne d'hommes pour couper un groupe en deux.

Ce fut le cheval de Sera qui fit tout basculer.

L'animal se cabra sous le bruit soudain des arbalètes, recula de trois pas et heurta Emile de plein fouet. Emile tomba — pas dangereusement, pas blessé, mais il tomba et ses jambes mirent trop longtemps à répondre, et dans les cinq secondes qui suivirent le groupe se fragmenta comme du verre sous un coup.

Aldric se retourna, vit Emile au sol, vit les hommes de Maran qui refermaient le demi-cercle entre eux, et traça quatre Lignes en une seconde — les plus rapides qu'il ait jamais tracées, les moins précises aussi.

— Lena, à gauche, maintenant ! cria-t-il.

Lena courut. Aev la suivit sans hésiter, deux feuilles en main déjà illuminées. Trois Feuilletraceurs se refermèrent autour d'eux comme une escorte.

— Emile — dit Aldric.

Mais la ligne d'hommes était entre eux.

Aldric vit son frère se relever, lent, les jambes qui ne répondaient pas assez vite. Il vit Théo qui tentait de le rejoindre et se faisait repousser par deux hommes à la fois. Il traça une Ligne de force — large, coûteuse — qui projeta trois assaillants hors du chemin et ouvrit un passage d'une seconde, peut-être deux.

Pas assez.

Un elfe que personne n'avait vu bouger apparut soudainement à côté d'Emile. Petit pour un elfe, discret, avec des feuilles usées à la ceinture et une façon de se tenir qui ne cherchait jamais à attirer l'attention. Il s'appelait Fenë. Aldric l'avait remarqué trois fois depuis le campement — pas plus, pas moins. Quelqu'un qui faisait le travail sans le montrer.

Fenë attrapa Emile par le bras et le tira vers un écart entre les rochers — une fissure étroite dans la paroi qui longeait le chemin, invisible depuis la route, le genre de chose qu'un elfe remarquait et qu'un humain ne voyait pas.

— Par là, dit-il à Emile.

— Mon frère—

— Par là, répéta Fenë. Maintenant.

Emile regarda Aldric une dernière fois par-dessus la mêlée.

Aldric le regarda.

Une seconde.

Puis la ligne d'hommes se referma entre eux et il n'y avait plus rien à voir.

Aldric combattit pendant trois minutes qui lui parurent beaucoup plus longues.

Quand le groupe de Maran se dispersa — perdre six hommes en moins de quatre minutes avait visiblement dépassé leurs instructions — il se retrouva avec Théo, Sera, Sylren et deux Feuilletraceurs. Lena et Aev avaient disparu dans la forêt à gauche. Emile avait disparu dans les rochers à droite.

Il resta immobile au milieu du chemin vide.

Son Carnet était ouvert. Il avait encore de l'encre sur le crayon de Flux.

— Emile est avec Fenë, dit Sylren depuis sa position dans les branches. Fenë connaît ces rochers. Il va le cacher.

— Fenë peut le porter s'il s'effondre ?

— Fenë est discret mais pas faible, dit Sylren. Il est plus vieux que moi.

Aldric regarda la fissure dans la paroi rocheuse. Vide. Fermée. Silencieuse.

— On les retrouve où ?

— Il y a une grotte à deux heures vers le nord-est, dit Sylren. Fenë la connaît. Si vous m'aviez laissé finir ma phrase hier soir quand je parlais de l'itinéraire de secours—

— On y va, dit Aldric.

Il avait déjà commencé à marcher.

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