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Chapter 5 - Chapitre 5 — La porte ouverte

Théo était encore là quand Aldric remonta à la surface.

Il était assis contre le tronc, les genoux remontés, et il regardait le trou avec l'expression de quelqu'un qui avait passé deux heures à essayer de ne pas s'imaginer ce qui pouvait se passer dedans. Il se leva d'un bond en voyant Aldric réapparaître.

— Vous avez trouvé quelque chose ?

— Oui, dit Aldric en détachant la corde.

— Quoi ?

— Beaucoup de choses. dit-il en rangeant la corde dans son sac. On marche d'abord. On parle après.

Théo apprit rapidement qu'Aldric en mouvement était plus difficile à suivre qu'Aldric à l'arrêt. Il avançait vite, silencieux, changeant de direction sans prévenir, évitant les sentiers balisés avec la régularité de quelqu'un qui avait cartographié ce terrain et connaissait chaque ligne de vue possible depuis les hauteurs alentour.

Ce n'était pas de la paranoïa. C'était de la géographie appliquée.

— Votre père, dit Aldric quand ils furent suffisamment loin du trou. Il vous a parlé d'un autre cartographe. Pas le Fantôme. Quelqu'un d'autre.

Théo fronça les sourcils.

— Il mentionnait parfois un collaborateur. Quelqu'un qui l'avait aidé à localiser les premières Racines. Il ne donnait jamais de nom.

— Il décrivait comment cette personne travaillait ?

— Il disait qu'elle pensait à l'envers. Qu'elle cherchait les vides plutôt que les pleins.

Aldric n'accéléra pas le pas. Ne laissa rien paraître.

— Et il disait ce qui lui était arrivé, à ce collaborateur ?

— Il disait qu'il avait disparu. Qu'il avait peut-être été retrouvé par ceux qui cherchaient les Racines.

Ou qu'il avait choisi de disparaître, pensa Aldric.

Il garda cette pensée pour lui.

Ils arrivèrent au campement qu'Aldric avait installé deux jours plus tôt — un abri discret sous un surplomb rocheux, invisible depuis les sentiers principaux, avec un feu qu'on pouvait étouffer en trois secondes et un sac préparé pour partir en moins d'une minute.

Théo s'effondra sur le sol avec le soulagement de quelqu'un dont les jambes avaient atteint leur limite depuis un moment mais qui avait refusé de le montrer.

Aldric s'assit en face de lui et ouvrit son Carnet sur les copies qu'il avait tracées dans la salle souterraine. Il les étala entre eux.

— Regarde ça, dit-il. Les Racines convergent vers des points précis. Régulièrement espacés, géométriquement cohérents. C'est pas naturel et c'est pas non plus le travail d'un seul homme.

Théo se pencha sur les copies.

— Mon père disait que les Racines avaient été construites. Pas trouvées.

— Par qui ?

— Il ne savait pas. Personne ne sait. C'est une des choses qu'il cherchait encore quand il est mort.

Aldric pointa un des points de convergence sur la carte.

— Il y en a sept sur le continent, autant que je peux en déduire des copies que j'ai faites. Ton père en avait localisé trois. Mon père en avait localisé deux autres. Deux restent vides.

Théo leva les yeux.

— Votre père ?

— Les initiales sur les corrections récentes. E.V. Edric Voss. Mon père.

Théo déglutit.

— Il est mort, votre père. Vous l'avez dit.

— Je l'ai cru, dit Aldric. Ce n'est pas la même chose.

Le silence entre eux fut bref mais lourd.

— Si Lord Maran localise les sept points, dit Théo lentement, qu'est-ce qui se passe ?

— Je ne sais pas encore, dit Aldric. Mais quelqu'un a construit ce réseau pour une raison. Et si Lord Maran peut l'activer entièrement avant que quelqu'un d'autre comprenne comment ça fonctionne…

Il referma son Carnet.

— On va avoir un problème.

Ce fut Aldric qui fit le guet cette nuit-là, comme les nuits précédentes. Pas par générosité — par calcul. Il avait besoin que Théo soit reposé. Un partenaire épuisé était une variable incontrôlable.

Il s'assit à l'entrée de l'abri, dos au rocher, et pensa.

Il pensa à son père. À la liste de quatre pages qu'il tenait sur Emile. À Lena qui travaillait probablement encore à cette heure sur ses runes. Il pensa à la façon dont les gens qu'il aimait avaient une tendance fâcheuse à devenir des points de vulnérabilité — des leviers que quelqu'un de suffisamment informé pouvait utiliser contre lui.

Il pensa à Théo.

Le garçon était arrivé au bon moment, avec les bonnes informations, avec exactement ce qu'il fallait pour convaincre Aldric de descendre dans ce trou. Il avait répondu à toutes les questions correctement. Il n'avait pas cédé sous la pression.

Ce qui pouvait vouloir dire qu'il disait la vérité.

Ou que quelqu'un l'avait très bien préparé.

Aldric regarda le garçon dormir.

Il ne savait pas encore. Il avait besoin de plus de données.

Il rouvrit son Carnet et commença à dresser une nouvelle liste.

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