Le plan pour Brennan prit deux jours à construire et vingt minutes à exécuter.
Aldric n'avait pas besoin de le neutraliser — il avait besoin de le rendre inutile pendant une fenêtre précise. Pas de l'éliminer, pas de le dénoncer, pas de changer son comportement d'une façon qui alerterait Maran que l'espion avait été découvert. Juste l'occuper suffisamment pour que Théo puisse partir et revenir sans que Brennan transmette quoi que ce soit d'utile pendant ces deux jours.
La solution était simple et reposait sur une vérité que les espions partageaient tous : ils ne pouvaient surveiller qu'une chose à la fois.
Le mercredi matin, Aldric fit quelque chose qu'il n'avait pas fait depuis son arrivée à l'Académie.
Il se montra.
Pas dramatiquement — suffisamment. Pendant l'entraînement collectif, au lieu de ses Lignes modestes et défectueuses, il traça quelque chose de légèrement meilleur. Pas son niveau réel — un niveau intermédiaire, entre Caen Mirval autodidacte et ce qu'il était vraiment. Juste assez pour que les gens remarquent une progression inattendue. Juste assez pour que Brennan ait quelque chose d'intéressant à transmettre.
Le regard de Brennan changea imperceptiblement.
Il avait quelque chose de nouveau à surveiller.
L'après-midi, Aldric posa une question pendant le cours d'Orven — une question précise sur les réseaux de Flux à grande échelle, formulée d'une façon qui suggérait qu'il en savait plus qu'un autodidacte d'Ostfeld n'aurait dû en savoir. Pas assez pour alarmer. Assez pour intriguer.
Brennan transmit ce soir-là. Aldric le sentit — une Ligne brève, orientée au nord-est, vers Valdren probablement.
Bien, pensa-t-il. Maintenant tu attends une réponse. Et pendant que tu attends, tu me regardes, pas Théo.
Il rejoignit Théo le soir même à la ruelle de la boulangerie.
— Deux jours, dit-il. Pars cette nuit. Reviens avant l'aube du troisième jour. Tu prends la route du bas — moins rapide mais moins surveillée.
— Et si elle ne veut pas venir ? dit Théo.
— Dis-lui que son père t'a envoyé. Et dis-lui que tu sais ce qu'elle garde. Que tu en as besoin et que son père en aurait voulu autant.
— Est-ce que c'est vrai ?
— La première partie oui, dit Aldric. La deuxième — probablement. Son père connaissait le père de Théo. Gareth Ashfen ne lui aurait pas confié quelque chose si ce n'était pas destiné à être utilisé.
Théo hocha la tête.
— Si je ne reviens pas dans trois jours ?
— Tu reviendras, dit Aldric.
Ce n'était pas de la certitude aveugle. C'était le résultat d'un calcul — Théo était capable, la propriété n'était pas fortifiée, et Maran ne s'attendait pas à ce que quelqu'un vienne chercher Mira Doran maintenant. L'élément de surprise valait beaucoup.
— Va, dit Aldric.
Théo disparut dans l'obscurité de la ruelle.
Les deux jours qui suivirent furent les plus longs depuis son arrivée à l'Académie.
Pas parce qu'il ne savait pas quoi faire — il savait exactement quoi faire, et il le fit. Il continua ses cours, ses exercices, ses observations. Il laissa Brennan le surveiller avec l'attention d'un homme qui venait de recevoir des instructions de recalibrage. Il joua le rôle de Caen Mirval découvrant sa progression avec une légère surprise modeste.
La longueur venait d'autre chose.
Il n'avait aucun moyen de savoir comment Théo avançait. La Rune de Liaison de Lena ne transmettait que des impressions entre eux deux — pas entre lui et Théo. Et envoyer un message écrit était trop risqué tant que Brennan était en mode surveillance active.
Il attendit.
Ce n'était pas une qualité qu'il avait naturellement — il l'avait construite, comme tout le reste, par nécessité. Mais l'attente sans information était différente de l'attente avec un plan. La première était de la patience. La seconde ressemblait davantage à retenir sa respiration.
Le soir du deuxième jour, la Rune de Liaison pulsait — chaude, nette, trois fois de suite.
Lena cherchait à le prévenir de quelque chose.
Il pressa sa main contre le mur où la Rune était fixée. Je t'entends. Je suis là. Il espéra qu'elle recevait l'impulsion en retour.
Trois pulsations chaudes encore.
Urgent.
Il n'avait aucun moyen de savoir de quoi.
Théo arriva à l'aube du troisième jour, comme prévu.
Il n'était pas seul.
Mira Doran avait dix-sept ans, des cheveux courts, des yeux qui évaluaient les gens avec une rapidité qui rappelait quelqu'un à Aldric sans qu'il identifie immédiatement qui. Elle était mince de la façon dont les gens sont minces quand ils n'ont pas bien mangé pendant plusieurs semaines, mais elle se tenait droite et regardait Aldric avec une expression qui n'était pas de la reconnaissance — de la vérification.
— Vous êtes Aldric Voss, dit-elle.
— Caen Mirval, dit-il.
— Non, dit-elle. Aldric Voss. Gareth Ashfen m'a décrit. Vous pensez avant de parler et vous regardez les sorties en premier.
Aldric ne confirma pas. Ne nia pas.
— Ce que vous gardez, dit-il. Donnez-le moi.
— Bonjour à vous aussi, dit Mira Doran.
— Bonjour, dit Aldric. Ce que vous gardez.
Elle le regarda encore une seconde. Puis elle sortit de sous sa veste un parchemin — fin, roulé serré, attaché d'un fil noir. Elle le tendit vers lui.
— Gareth Ashfen m'a dit de le garder jusqu'à ce que quelqu'un vienne qui sache pourquoi c'est important sans que je le lui explique, dit-elle. Alors. Pourquoi c'est important ?
— Parce que ça contient un nom, dit Aldric. Celui de quelqu'un à l'intérieur d'une institution que je fréquente actuellement. Quelqu'un qui travaille pour Maran depuis le début.
Mira Doran le regarda.
— Depuis combien de temps vous êtes à l'Académie ? dit-elle.
— Trois semaines.
— Et vous avez déjà trouvé Brennan.
Aldric s'arrêta.
— Vous connaissez son nom.
— Gareth Ashfen le connaissait, dit-elle. Il est à l'Académie depuis deux ans. Il a été placé là avant même que votre père disparaisse. Ce n'est pas un espion ordinaire — il est là pour surveiller les Maîtres, pas les étudiants. Vous êtes une cible accidentelle.
Elle tendit encore le parchemin.
— Le nom que vous cherchez, dit-elle, n'est pas Brennan.
Aldric prit le parchemin. Le déroula.
Un seul mot, tracé à l'encre de Flux — une encre qui ne pouvait pas être copiée, qui disparaîtrait si le parchemin était reproduit.
Il lut le nom.
S'arrêta.
Le lut encore.
— Vous comprenez pourquoi c'est important ? dit Mira Doran.
— Oui, dit Aldric d'une voix parfaitement plate.
Il comprenait parfaitement. Le nom sur le parchemin était celui d'Orven.
Il rentra à l'Académie avant l'ouverture des portes, par le passage de service qu'il avait cartographié la première semaine. Il monta directement à sa chambre, s'assit sur son lit, et resta immobile pendant dix minutes.
Orven.
Il revit chaque cours, chaque échange, chaque regard. La main gauche aux trois doigts raidis — j'ai été Traceur intensif pendant quinze ans avant de progresser. La façon de dire les vérités difficiles en face. La question après le test de variant — on en parlera.
Il avait cru que c'était de l'honnêteté.
C'était peut-être de la surveillance.
Ou les deux. Les deux n'étaient pas incompatibles — un homme pouvait travailler pour Maran et croire sincèrement à ce qu'il enseignait. Un homme pouvait surveiller et dire la vérité en même temps. Ce n'était pas une contradiction. C'était une complication.
Depuis combien de temps ? pensa Aldric. Est-ce qu'il sait qui je suis ? Ou est-ce qu'il surveille tous les étudiants prometteurs par précaution ?
Il n'avait pas de réponse.
Il ouvrit son second Carnet et ajouta le nom d'Orven à sa liste — pas dans la colonne des ennemis, pas dans celle des alliés. Dans une troisième colonne qu'il n'avait pas encore eu besoin d'utiliser.
Indéterminé.
Ce fut Mira Castèn qui compliqua tout, comme toujours, en agissant avant qu'il soit prêt.
Il l'apprit le soir même, pendant le dîner.
Brennan n'était pas à sa table habituelle. Il n'était nulle part dans la salle. Aldric nota l'absence avec la partie de son cerveau qui notait ce genre de chose automatiquement, et continua à manger sans changer d'expression.
Après le dîner, Mira Castèn passa derrière lui en allant déposer son plateau et dit à voix basse, sans ralentir :
— J'ai réglé le problème Brennan.
Aldric posa sa fourchette.
— Définissez réglé, dit-il sans se retourner.
— Il est dans sa chambre avec une migraine qui va durer quarante-huit heures, dit-elle. Variante Calligraphe — influence sur la perception sensorielle. Rien de permanent.
— Quelqu'un vous a vue ?
— Non.
— Vous en êtes certaine ?
Une pause d'une demi-seconde.
— Oui.
— Vous n'en êtes pas certaine, dit Aldric. Vous pensez que non. C'est différent.
Elle continua vers la sortie sans répondre.
Aldric finit son repas. Lentement. Sans précipitation visible.
Dans sa tête, il recalculait tout.
Brennan hors circuit pendant quarante-huit heures — c'était utile. Mais Brennan hors circuit de façon visible et soudaine, après avoir transmis une alerte sur Caen Mirval, allait déclencher exactement ce qu'Aldric cherchait à éviter. Maran allait envoyer quelqu'un vérifier. Peut-être pas immédiatement — peut-être dans une semaine, peut-être moins.
Sa fenêtre de travail venait de se réduire de moitié.
Et Orven, dont la chambre donnait sur le couloir de Brennan, avait peut-être entendu quelque chose.
Il remonta dans sa chambre, ouvrit son second Carnet, et commença à réécrire ses listes.
La trente-troisième depuis son arrivée.
Ses plans avaient une façon de rester intacts jusqu'au moment où d'autres gens décidaient d'agir. C'était une variable qu'il n'avait jamais complètement appris à intégrer — pas parce qu'il ne la connaissait pas, mais parce qu'il continuait à sous-estimer à quelle vitesse les gens prenaient des décisions sans lui demander son avis.
Mira Castèn est un Calligraphe qui agit, nota-t-il. C'est une qualité et un problème en proportion égale.
Il pressa sa main sur la Rune de Liaison.
Trois pulsations chaudes revinrent immédiatement — Lena attendait toujours.
Demain, pensa-t-il. Demain je trouve un moyen de savoir ce qu'elle veut dire.
Il referma son Carnet et s'allongea dans l'obscurité.
Quelque part à une journée de route, Mira Doran était en sécurité avec Théo.
Quelque part dans ce bâtiment, Orven dormait peut-être ou peut-être pas.
Et quelque part dans les montagnes du nord, la septième Racine attendait.
Tout se rétrécit, pensa Aldric. Le temps, les options, les certitudes.
Il n'était pas inquiet.
Il était en train de calculer.
