Le cours pratique suivit le cours magistral de quarante-huit heures.
Orven demanda à chaque étudiant de tracer jusqu'à la limite de son confort — pas au-delà, jusqu'à. L'objectif officiel était de calibrer les niveaux réels du groupe. L'objectif non dit, qu'Aldric identifia immédiatement, était de voir comment chacun gérait la douleur et la fatigue.
Révélateur pour un recruteur. Utile à savoir pour lui aussi.
Il s'installa à sa place et commença à tracer.
Quatre Lignes. Simples, avec ses défauts préparés. Il sentit le Mana circuler — proprement, efficacement, comme toujours — et ne sentit rien d'autre.
Pas de surcharge sensorielle. Pas d'usure aux mains. Pas de désorientation.
Rien.
Il attendit dix secondes pour voir si quelque chose arrivait en différé.
Toujours rien.
Il simula. Un léger frottement des doigts l'un contre l'autre — geste naturel quand les mains commençaient à accuser la fatigue de traçage. Un clignement des yeux plus fréquent — signal courant de surcharge sensorielle légère chez les Lecteurs et Traceurs débutants. Une légère pause avant la cinquième Ligne, comme quelqu'un qui recalibrait son effort.
Autour de lui, les effets réels se manifestaient.
L'étudiant à sa gauche — un garçon de dix-huit ans nommé Cort, réserve de Mana solide, technique propre — s'arrêta après six Lignes et porta la main à sa tempe avec une grimace authentique. Surcharge sensorielle. Légère, passagère, mais réelle.
Celle de sa droite — une fille dont il ne connaissait pas encore le nom — traça neuf Lignes avant que ses mains ne commencent à trembler imperceptiblement. Usure physique localisée, début de manifestation.
Orven circulait entre les tables. Il s'arrêta devant Aldric.
Aldric avait sa cinquième Ligne à moitié tracée, la main légèrement suspendue dans le geste simulé de quelqu'un qui reprenait son souffle.
— Mirval, dit Orven. Vous êtes à votre limite ?
— Je sens la résistance, dit Aldric avec la légère concentration de quelqu'un qui gérait un effort réel. Encore un peu de marge.
— Ne forcez pas au-delà du confort, dit Orven. Ce n'est pas l'objectif aujourd'hui.
— Compris, dit Aldric.
Orven passa à l'étudiant suivant.
Aldric termina sa cinquième Ligne, attendit trente secondes, puis posa son crayon de Flux avec le geste discret de quelqu'un qui décidait raisonnablement de s'arrêter là.
Mira Castèn, deux rangées devant, ne le regardait pas.
Mais après le cours, dans le couloir, elle dit à voix basse en passant à côté de lui :
— Vos mains ne tremblaient pas.
— Fatigue interne, dit Aldric sans ralentir. Ça ne se voit pas toujours.
— Non, dit-elle également sans ralentir. Ça ne se voit pas toujours.
Ils continuèrent dans des directions opposées.
Ce soir-là, dans sa chambre, Aldric ouvrit son second Carnet.
Il écrivit deux lignes.
Conséquences normales du Flux : aucune manifestation à ce stade. Ni au niveau Lecteur, ni au niveau Traceur, ni au niveau Cartographe.
Question : est-ce que l'absence de conséquences est liée à la lignée maternelle ? Est-ce que ceux qui sont entre ne paient pas les mêmes prix ?
Il s'arrêta.
Réfléchit.
Puis il ajouta une troisième ligne, plus petite, dans la marge.
Ou est-ce qu'ils paient un prix différent. Un que je ne vois pas encore parce que je ne sais pas ce que je cherche.
Il pensa à ce qu'Orven avait dit sur les Tisseurs. La perte d'empathie. Ceux qui s'isolent pour travailler plus efficacement finissent par ne plus comprendre pourquoi les liens personnels avaient de l'importance.
Il pensa à la liste de quatre pages sous une paillasse qui n'existait plus. À Emile dans la grotte froide. À Lena qui pleurait la nuit et qu'il entendait sans aller la trouver parce qu'il n'avait pas su quoi dire.
Il se demanda — pour la première fois, vraiment — si son efficacité émotionnelle avait une cause naturelle ou une cause progressive.
Il n'avait pas de réponse.
Il referma le Carnet.
Et remarqua, en le refermant, qu'il n'était pas particulièrement inquiet de ne pas avoir de réponse.
Ce qui était peut-être, en soi, une information.
