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Chapter 10 - Chapitre 9: L'aura du sourire

NEPHILIMTALE

Chapitre 9 — L'aura du sourire

Ça commença par un enfant.

Petit. Violet. Avec de grandes oreilles et des yeux qui prenaient beaucoup de place sur son visage — un de ces jeunes monstres qui couraient entre les maisons depuis le matin jusqu'au soir avec cette énergie inépuisable que seuls les très jeunes possèdent vraiment.

Il s'appelait Milo.

Milo avait sept ans et n'avait peur de rien — ou du moins il le croyait, ce qui à sept ans revient exactement au même. Il avait déjà parlé à North le premier jour sans hésiter. Il avait déjà grimpé sur l'épaule d'Undyne pendant son entraînement sans demander la permission. Il avait déjà frappé à la porte de Sans à six heures du matin pour lui montrer un caillou qu'il trouvait intéressant.

Milo n'avait peur de rien.

Jusqu'au moment où il tourna au coin d'une ruelle et tomba sur Tanar.

Tanar était simplement là — appuyé contre le mur, les mains dans les poches, le regard vers le ciel avec cette sérénité tranquille qu'il portait partout. Il baissa les yeux vers Milo. Sourit.

— Bonjour, dit-il.

Milo ouvrit la bouche.

Et le mur derrière Tanar glitcha.

Pas légèrement. Pas brièvement. La section entière disparut pendant huit secondes complètes — huit secondes où il n'y avait plus rien derrière Tanar que ce vide noir et silencieux qui ressemblait à l'endroit où les choses vont quand elles cessent d'exister — avant de se recomposer dans un tremblement de pixels qui résonna dans toute la ruelle comme un frisson.

Tanar ne se retourna pas.

Il regardait Milo.

Milo regardait le mur.

Puis Milo regarda Tanar.

Puis Milo fit quelque chose qu'il n'avait jamais fait devant un inconnu de toute sa courte vie.

Il recula.

Un pas. Deux. Jusqu'au bout de la ruelle. Puis il tourna les talons et courut — vraiment courut, avec toute la vitesse que ses petites jambes pouvaient produire — sans regarder en arrière.

Tanar le regarda partir.

Le sourire tint.

Parfaitement.

Milo raconta ce qu'il avait vu à sa mère.

Sa mère raconta la chose à sa voisine en termes prudents et mesurés — je ne dis pas que c'est dangereux, je dis juste que c'est étrange, tu comprends, les murs qui disparaissent comme ça.

La voisine raconta à son mari.

Le mari en parla au travail.

Et ainsi de suite — la façon particulière qu'ont les petites villes de transmettre l'information, pas comme une rumeur bruyante mais comme une inquiétude douce qui se glisse d'une conversation à l'autre, qui change légèrement de forme à chaque passage mais garde son noyau intact.

Le nouveau. L'humain qui sourit. Les murs qui glitchent autour de lui.

C'est peut-être rien.

Mais quand même.

Undyne entendit parler de l'incident le soir même.

Elle était dans la cuisine d'Alphys — qui faisait réchauffer quelque chose sur le feu en prenant des notes sur un carnet avec cette concentration totale qu'elle avait pour tout ce qui l'intéressait vraiment — et elle écouta le récit du mari de la voisine avec une expression qui alla progressivement de ouais d'accord à hm à quelque chose de plus fermé et de plus attentif.

— Les glitchs s'aggravent, dit-elle quand l'homme repartit.

— O-oui, dit Alphys sans lever les yeux de son carnet. J'ai remarqué aussi. Les données environnementales du secteur est sont... instables. Comme si quelque chose perturbait la c-cohérence du monde à un niveau fondamental.

— C'est lui qui fait ça ?

— Pas intentionnellement je pense. C'est plus comme... Alphys chercha ses mots, le crayon entre les dents. Comme un corps étranger que le système essaie d'expulser. Plus il reste, plus la résistance augmente.

Undyne croisa les bras.

— Et si ça continue ?

Alphys posa son carnet. Regarda Undyne avec cet air qu'elle avait — sérieux, précis, dépouillé de la timidité habituelle quand les enjeux devenaient scientifiquement importants.

— Je ne sais pas encore, dit-elle. Mais je pense qu'on devrait surveiller.

Le lendemain matin — pendant qu'Undyne entraînait North à l'extérieur de la ville avec une intensité redoublée depuis la veille — la question de Tanar arriva sur la place centrale.

Pas sous forme de confrontation.

Sous forme de conversation.

Ce qui était parfois pire.

Papyrus était là — il était toujours là, la place centrale était un peu son quartier général officieux — en train d'expliquer quelque chose à un groupe de monstres adultes avec son volume habituel. Sans était appuyé contre la fontaine. Deux ou trois autres monstres de la ville formaient un cercle informel.

Et le sujet c'était Tanar.

— IL EST TRÈS POLI, dit Papyrus avec conviction. IL M'A DIT BONJOUR TROIS FOIS CETTE SEMAINE ET CHAQUE FOIS C'ÉTAIT UN BONJOUR TRÈS BIEN FAIT.

— Papyrus, dit une des monstres — grande, bleue, avec une expression préoccupée. Ce n'est pas une question de politesse. C'est une question de ce qui se passe autour de lui.

— LES MURS GLITCHENT, dit Papyrus. OUI. ET ALORS ? LES MURS GLITCHAIENT AUSSI QUAND FRISK EST ARRIVÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS. LES CHOSES NOUVELLES PERTURBENT LES CHOSES EN PLACE. C'EST NORMAL.

— Ce n'est pas pareil et tu le sais.

— JE NE SAIS PAS ÇA DU TOUT EN FAIT.

Sans observait l'échange depuis la fontaine. Sans rien dire. Ses yeux allaient d'un visage à l'autre avec cette attention discrète qu'il avait — cataloguant, évaluant, rangeant les informations dans des endroits où il pourrait les retrouver plus tard.

La monstre bleue se tourna vers lui.

— Sans. Toi tu penses quoi ?

Tout le monde regarda Sans.

Sans regarda le ciel un moment.

— je pense, dit-il lentement, que les questions méritent des réponses. et que pour l'instant on a surtout des questions.

— C'est pas une réponse ça, dit quelqu'un.

— non, admit Sans. mais c'est honnête.

Papyrus pointa vers son frère un doigt osseux avec une expression de désaccord total et affectueux à la fois.

— SANS TU ES MON FRÈRE ET JE T'AIME MAIS PARFOIS TU ES VRAIMENT TROP VAGUE ET C'EST FRUSTRANT.

— ouais je sais, dit Sans. désolé.

Il ne semblait pas particulièrement désolé.

La conversation continua — circulaire, inconclusive, avec cette énergie particulière des débats entre gens de bonne foi qui ne sont pas d'accord et ne savent pas encore comment résoudre ça.

La première fissure.

Petite. Presque invisible.

Mais là.

Tanar arriva sur la place dix minutes plus tard.

Comme par hasard — ou ce qui ressemblait à du hasard avec la précision particulière de quelqu'un qui ne laisse rien vraiment au hasard.

Il vit le groupe. Lut la situation en une fraction de seconde — les visages, les postures, la tension résiduelle d'une conversation qui venait de s'arrêter parce qu'il était arrivé.

Il sourit.

— Bonjour à tous, dit-il. Agréable et léger. Je dérange ?

— NON ! dit Papyrus immédiatement et avec une sincérité totale.

Les autres dirent rien.

Ce silence asymétrique — Papyrus d'un côté, le reste de l'autre — flotta dans l'air de la place pendant deux secondes que Tanar laissa exister sans les remplir.

Puis il regarda Papyrus avec quelque chose de genuinement chaleureux dans les yeux.

— Tu défendais ma présence, dit-il. Ce n'était pas une question.

Papyrus se redressa avec toute sa dignité considérable.

— BIEN SÛR. UN GRAND COMME MOI NE JUGE PAS LES GENS SUR DES RUMEURS. C'EST PEU NOBLE ET LA GRANDE PAPYRUS EST TRÈS NOBLE.

— C'est rare, dit Tanar doucement. Merci.

Et dans ce merci — dans cette façon de le dire, simple et directe et dépouillée de tout artifice — il y avait quelque chose qui sonnait vrai. Quelque chose qui n'était pas calculé.

Ce qui était peut-être le plus dangereux.

Parce que Papyrus rayonna.

Et les autres monstres regardèrent Papyrus rayonner.

Et la fissure entre eux s'élargit d'un millimètre supplémentaire.

Sans regardait Tanar.

Tanar croisa brièvement son regard.

Quelque chose passa entre eux — cette reconnaissance mutuelle de deux êtres qui voient plus loin que la surface des choses, qui savent que l'autre voit aussi, et qui n'ont pas encore décidé ce que ça signifie pour la suite.

Tanar inclina légèrement la tête.

Sans ne bougea pas.

North rentra de l'entraînement en milieu de matinée — épuisé, contusionné aux endroits habituels, avec dans la poitrine cette brûlure familière qui grandissait à chaque session.

Il sentit quelque chose.

Pas avec ses yeux. Avec cet endroit en lui qui apprenait à lire ce monde — les fils, les textures, les équilibres invisibles. Quelque chose dans la ville était différent. Pas dramatiquement. Pas d'une façon que la plupart des gens auraient remarquée.

Mais différent.

Il s'arrêta au milieu de la rue.

Ferma les yeux une seconde.

Sa détermination pulsait dans sa poitrine — plus forte qu'avant l'entraînement, nourrie par deux heures de combat, par chaque chute et chaque relèvement. Et dans cette pulsation il sentit quelque chose qu'il n'avait pas encore senti clairement.

Une chaleur. Concentrée. Qui cherchait une forme.

Il rouvrit les yeux.

Regarda sa main.

Et pendant une fraction de seconde — une seule, brève et imparfaite — quelque chose de rouge et de lumineux trembla entre ses doigts avant de disparaître.

North regarda sa main longtemps.

Qu'est-ce que c'était.

— Ta détermination, dit Chara depuis à côté de lui. North tourna la tête. Chara le regardait avec cet intérêt scientifique — mais cette fois mêlé d'autre chose. De quelque chose qui ressemblait à de l'impatience contenue. Elle cherche à se manifester. Tu commences à être assez fort pour que ça arrive.

North regarda à nouveau sa main.

— Comment je la contrôle ?

— Tu ne la contrôles pas, dit Chara. Tu l'es. C'est différent.

North fronça les sourcils.

Chara soupira — ce soupir particulier qu'ils avaient, entre l'exaspération et l'amusement.

— Arrête de vouloir la diriger de l'extérieur. Elle vient de l'intérieur. De ce que tu ressens vraiment. Pause. Ce que tu ressens vraiment — pas ce que tu montres.

North baissa les yeux.

Ce que tu ressens vraiment.

Il avait passé tellement d'années à construire la distance entre ce qu'il ressentait et ce qu'il montrait qu'il n'était plus tout à fait sûr de savoir faire la différence lui-même.

— Ça prendra du temps, dit Chara. Plus doucement. Mais ça vient.

Puis — et c'était rare, vraiment rare de la part de Chara — ils posèrent brièvement une main sur l'épaule de North.

Une seconde. Deux.

Puis la retirèrent comme si rien ne s'était passé.

North ne dit rien.

Mais quelque chose dans sa poitrine pulsait un peu plus chaud qu'avant.

Ce soir-là — tard, quand la ville dormait — un mur entier du quartier est disparut pendant trente secondes complètes.

Trente secondes de vide noir et silencieux.

Puis se recomposa.

Personne ne le vit.

Sauf Sans.

Qui était encore debout. Qui regardait l'endroit où le mur avait été avec cette expression rare et fermée qu'il n'avait que lorsqu'il calculait des choses que personne d'autre ne calculait encore.

Il sortit les mains de ses poches.

Les regarda.

Les remit dans ses poches.

— hm, dit-il dans le silence de la nuit. pour de vrai cette fois.

Et il rentra chez lui.

À suivre — Chapitre 10 : Ce que les mains retiennent

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