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Chapter 9 - Chapitre 8: Ce qui grandit dans les fissures

NEPHILIMTALE

Chapitre 8 — Ce qui grandit dans les fissures

Undyne attendit trois jours.

Ce qui était, pour Undyne, une patience extraordinaire qui lui avait coûté un effort considérable et deux séances d'entraînement supplémentaires pour évacuer l'énergie que cette attente générait. Elle avait regardé North travailler sur le chantier. Elle l'avait observé dîner chez Papyrus deux soirs de suite. Elle l'avait vu s'asseoir sur le muret avec Sans et regarder les étoiles sans parler.

Elle avait attendu.

Parce que même Undyne — avec tout son feu, toute son impatience, toute cette force qui n'avait pas d'interrupteur — savait que certaines choses demandaient le bon moment.

Le bon moment arriva le quatrième matin.

North sortait de chez Toriel quand il trouva Undyne plantée devant la porte.

Les bras croisés. L'œil brillant. Cette posture qui disait j'ai décidé quelque chose et tu n'as pas vraiment ton mot à dire.

— Toi, dit-elle en pointant vers lui un doigt accusateur et enthousiaste à la fois. On s'entraîne.

North la regarda.

— Bonjour, dit-il.

— Ouais bonjour. On s'entraîne. Maintenant.

— Je n'ai pas —

— Maintenant, répéta Undyne avec le même volume et la même conviction absolue que la première fois, comme si répéter le mot suffisait à dissoudre toute objection.

North la regarda encore une seconde.

Puis il referma la porte de la maison de Toriel derrière lui.

— Où ? dit-il.

Undyne sourit — ce sourire large et féroce qui était peut-être la chose la plus honnête qu'elle possédait.

— Suis-moi.

Elle l'emmena à l'extérieur de la ville, là où le terrain s'ouvrait sur une grande étendue plate que les monstres n'avaient pas encore construite — de l'herbe haute, quelques rochers épars, le ciel du matin au-dessus d'eux. Un endroit où on pouvait faire des dégâts sans abîmer quoi que ce soit qui comptait.

Undyne se retourna vers North à dix mètres de distance.

Fit apparaître une lance de lumière bleue dans sa main avec la désinvolture de quelqu'un qui sort un stylo de sa poche.

— Règles, dit-elle. On s'arrête quand l'un de nous deux dit stop. Pas de coups à la tête. Tout le reste c'est permis. Questions ?

— Une seule, dit North. Il regarda la lance. Pourquoi maintenant ?

Undyne baissa légèrement la lance. Son expression changea — pas beaucoup, juste assez pour laisser passer quelque chose de moins spectaculaire et de plus réel.

— Parce que je t'ai vu sur cette place, dit-elle. Et je voulais savoir si c'était tout ce que t'avais.

North sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine.

— Et si c'était le cas ?

— Alors on travaille, dit Undyne simplement. C'est tout.

Pas de jugement dans ces mots. Pas de hiérarchie. Juste la logique directe d'une guerrière qui croit fondamentalement que les lacunes existent pour être comblées et que la honte n'a rien à faire dans cette équation.

North regarda l'horizon un moment.

— D'accord, dit-il.

Le premier échange fut bref et instructif.

Undyne bougea vite — très vite, avec cette fluidité explosive des combattants qui ont passé leur vie entière à perfectionner chaque geste jusqu'à ce qu'il devienne instinct. Sa lance traça un arc bleu dans l'air du matin et North esquiva — à peine, le souffle de l'attaque dans ses cheveux — en roulant sur le côté avec un réflexe que sa compétence de Player avait déjà calculé avant que son cerveau conscient ait fini de traiter l'information.

Il se releva.

Undyne le regarda avec un intérêt nouveau.

— Pas mal, dit-elle. T'as lu le mouvement avant que je le finisse.

— Je lis les schémas, dit North. C'est ce que je fais.

— Bien. Alors lis celui-là.

Elle lança trois lances simultanément — angles différents, vitesses légèrement décalées, le genre d'attaque qui demande de traiter plusieurs informations en même temps. North en esquiva deux. La troisième le toucha à l'épaule — pas assez fort pour blesser sérieusement, assez fort pour le faire reculer d'un pas.

Il se stabilisa.

Regarda son épaule.

— Tu aurais pu éviter la troisième, dit Undyne. T'as priorisé les deux premières parce qu'elles arrivaient avant. Mais la troisième était la plus dangereuse.

North réfléchit à ça.

— Je dois lire l'intention, dit-il lentement. Pas seulement la trajectoire.

— Exactement. Undyne sourit. Maintenant t'attaque.

— Je n'ai pas de —

— T'as de la détermination plein la poitrine et des poings. Utilise ce que t'as.

Ils combattirent pendant deux heures.

North perdit. Régulièrement. Clairement. Avec une constance qui dans d'autres circonstances l'aurait fermé comme une huître — cet orgueil qui se réveillait à chaque chute pour lui murmurer arrête, tu perds, tout le monde peut voir que tu perds.

Mais il y avait quelque chose dans la façon dont Undyne perdait avec lui qui rendait la chose différente.

Parce qu'Undyne commentait chaque échange — pas pour humilier, pour disséquer. T'as vu pourquoi t'as raté ? T'as regardé mes mains au lieu de mes pieds. T'as anticipé à droite parce que je t'avais conditionné à droite les trois fois avant. C'est bien, ça veut dire que t'apprends — la prochaine fois anticipe que j'anticipe que t'anticipes.

North écoutait.

Ce qui en soi était déjà quelque chose — North qui écoutait des instructions sans les filtrer à travers son orgueil d'abord.

À la fin de la deuxième heure il toucha Undyne deux fois.

Deux fois seulement. Mais deux fois réelles, honnêtes, gagnées à travers deux heures de défaites accumulées et disséquées et comprises.

Undyne s'arrêta. Le regarda. Puis fit quelque chose que North n'avait pas prévu.

Elle rit.

Pas de lui. Avec lui — ou plutôt avec la situation, avec ce moment, avec cette énergie particulière que génèrent deux personnes qui se sont battues honnêtement et qui ont toutes les deux donné ce qu'elles avaient.

— OUAIS ! dit-elle. C'est ça ! T'as vu comment t'as lu la feinte ?! T'as attendu que je m'engage complètement avant de bouger — c'est exactement ce qu'il fallait faire !

North était essoufflé. Les mains sur les genoux. Les cheveux défaits. De l'herbe sur la veste.

Et quelque chose — malgré tout, malgré l'épuisement et les deux heures de défaites — quelque chose dans sa poitrine brûlait d'une façon qui n'était pas désagréable.

Sa détermination.

Plus forte qu'avant le combat. Nourrie par chaque chute, chaque relèvement, chaque chose comprise et intégrée.

— Demain matin, dit Undyne. Même endroit. Six heures.

North leva les yeux vers elle.

— Six heures, dit-il. C'est tôt.

— Ouais. Undyne récupéra sa veste posée sur un rocher. Les guerriers se lèvent tôt. Bienvenue dans le club.

Elle repartit vers la ville avec son énergie habituelle — comme si deux heures de combat intense n'avaient été qu'un échauffement.

North la regarda partir.

Puis regarda ses mains.

Les referma lentement en poings.

Plus fort, dit quelque chose dans sa poitrine. Demain plus fort.

Il hocha la tête pour lui-même.

Et suivit Undyne vers la ville.

Tanar les avait regardés depuis un rocher à distance.

Pas par hasard — il avait suivi North ce matin sans se cacher vraiment, avec cette désinvolture tranquille de quelqu'un qui ne voit pas la nécessité de dissimuler ce qu'il fait.

Il avait regardé les deux heures entières.

Maintenant il regardait North marcher derrière Undyne — les épaules moins droites que d'habitude mais les pas plus assurés, quelque chose de différent dans sa façon d'occuper l'espace.

Tanar sortit mentalement ses calculs. Les mit à jour.

North apprenait plus vite que prévu. Sa détermination se nourrissait des défaites au lieu de s'y briser — ce qui était rare, vraiment rare, le genre de caractéristique qui transformait quelqu'un de bien en quelque chose de potentiellement redoutable.

Il aurait dû trouver ça problématique.

Il nota à la place — quelque part dans cet endroit qu'il ne regardait pas souvent — que North avait tenu deux heures contre Undyne sans abandonner une seule fois.

Recalibration nécessaire.

Il sauta du rocher. Remit les mains dans ses poches.

Et quelque part dans la ville derrière lui un mur glitcha violemment — une grande section entière qui disparut pendant cinq secondes complètes avant de se recomposer.

Plus longtemps que d'habitude.

Tanar ne se retourna pas.

Mais il le sentit.

Et pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde il se demanda — brièvement, fugacement, une pensée qu'il referma aussitôt — combien de temps encore ce monde allait tolérer sa présence avant de commencer à vraiment résister.

Il continua de marcher.

Le sourire tint.

À suivre — Chapitre 9 : L'aura du sourire

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