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Chapter 8 - Chapitre 7: Racines

NEPHILIMTALE

Chapitre 7 — Racines

Ce fut Papyrus qui eut l'idée.

Ce qui n'était pas surprenant — Papyrus avait beaucoup d'idées, en permanence, avec un enthousiasme qui ne demandait jamais la permission d'exister. La plupart de ses idées étaient soit géniales soit catastrophiques, et l'écart entre les deux catégories était souvent difficile à évaluer avant qu'il soit trop tard.

Celle-ci était la suivante : puisque North était là, puisque North allait rester — Papyrus avait décrété ça unilatéralement sans demander l'avis de l'intéressé — autant qu'il soit utile.

— IL Y A UNE PARTIE DE LA VILLE QUI N'EST PAS ENCORE CONSTRUITE, annonça Papyrus le lendemain matin, debout dans l'entrée de la maison de Toriel avec l'énergie de quelqu'un qui a planifié ça depuis l'aube. ET NOUS AVONS BESOIN DE BRAS SUPPLÉMENTAIRES. ET TOI TU AS DES BRAS.

North regarda ses bras.

— C'est une observation exacte, dit-il.

— ALORS TU VIENS.

Ce n'était pas une question.

Le chantier était à l'est de la ville — un espace ouvert où les monstres construisaient de nouvelles maisons avec cette logique architecturale qui leur était propre, mélange de pierre et de matériaux que North ne reconnaissait pas, assemblés selon des plans qui semblaient improviser autant que prévoir.

North regarda le chantier.

Le chantier le regarda.

— Qu'est-ce que je fais, dit-il.

— TU AIDES, dit Papyrus avec la clarté absolue de quelqu'un pour qui cette réponse suffit complètement.

North aurait pu expliquer qu'il n'avait aucune expérience de la construction. Qu'il ne savait pas exactement ce qu'aider signifiait dans ce contexte. Qu'il aurait eu besoin d'instructions précises et d'un rôle clairement défini avant de commencer quoi que ce soit.

Il n'expliqua rien de tout ça.

Il retroussa ses manches.

Et commença.

Les premières minutes furent un désastre discret.

North porta des pierres dans la mauvaise direction — il ne savait pas que c'était la mauvaise direction, les pierres ressemblaient à des pierres qui avaient besoin d'être quelque part et il les avait mises quelque part, ce qui lui semblait logique. Un petit monstre vert vint les déplacer poliment sans rien dire.

Il essaya de tenir une poutre pendant qu'un autre monstre la fixait. Il la tint à l'envers. Le monstre rectifia l'angle avec une patience infinie et un sourire qui ne contenait pas une once de moquerie.

Il tenta d'aider Papyrus à mélanger quelque chose dans un grand seau — une substance grise et épaisse dont il ne connaissait pas le nom — et en renversa une quantité non négligeable sur ses propres chaussures.

Papyrus regarda les chaussures.

— NYEH. C'EST PAS GRAVE. ÇA ARRIVE MÊME AUX GRANDS.

— Ça ne m'arrive pas, dit North automatiquement.

— EH BIEN MAINTENANT SI. BIENVENUE DANS LE CLUB.

North regarda ses chaussures grises.

Ne dit rien.

Ce qui était étrange — ce qui était vraiment étrange et que North n'arrivait pas à intégrer complètement — c'est que personne ne riait.

Pas de cette façon. Pas de cette façon qu'il connaissait, ce rire qui contient un jugement et une hiérarchie et le message implicite que tu aurais dû savoir faire ça mieux.

Les monstres souriaient — oui. Ils échangeaient des regards — oui. Mais c'était le sourire de gens qui trouvent quelque chose attendrissant. Qui voient quelqu'un essayer et trouvent l'effort lui-même suffisant pour sourire.

North ne savait pas quoi faire de ça.

C'était une catégorie de regard qu'il n'avait pas dans son répertoire.

Frisk arriva en milieu de matinée.

Sans fanfare, sans annonce — Frisk apparaissait toujours comme ça, doucement, comme si leur présence était quelque chose qui s'installait plutôt que quelque chose qui arrivait. Ils vinrent se mettre à côté de North — qui transportait des planches de bois dans la bonne direction cette fois, il avait appris — et commencèrent à aider sans un mot.

North les regarda de côté.

Frisk ne le regarda pas. Juste des planches, le chantier, les gestes à faire.

Ils travaillèrent côte à côte pendant un moment dans ce silence particulier que Frisk semblait porter partout avec lui — ce silence qui n'était pas vide mais plein, qui contenait des choses qu'on n'avait pas besoin de dire parce qu'elles existaient autrement.

— Tu n'as pas besoin d'être là, dit North finalement.

Frisk haussa les épaules. Un petit mouvement qui signifiait clairement je sais.

— Je ne suis pas quelqu'un de facile à côtoyer.

Frisk le regarda cette fois. Brièvement. Avec ces yeux marron qui ne mentaient jamais — et dans ce regard North ne trouva pas de l'accord, pas du désaccord non plus. Juste une acceptation tranquille et totale qui n'avait pas besoin de conditions.

Quelque chose dans la poitrine de North fit ce mouvement encore.

Ce mouvement qu'il n'arrivait plus à ignorer complètement.

Il se retourna vers les planches.

— Bien, dit-il. Très bas. Presque pour lui-même.

Frisk sortit de sa poche un petit carnet et un crayon. Griffonna quelque chose rapidement. Tendit le carnet à North.

North lut.

On apprend ensemble. C'est mieux comme ça.

North regarda la phrase. La regarda longtemps. Puis rendit le carnet à Frisk sans commenter.

Mais il ne remit pas ses mains dans ses poches.

Il continua à travailler.

Et quelque chose dans ses épaules — cette tension permanente, ce redressement défensif qu'il portait comme une seconde colonne vertébrale — se dénoua d'un demi-cran.

Juste un demi.

Mais c'était déjà quelque chose.

De l'autre côté de la ville — là où les rues devenaient plus calmes et les maisons plus espacées — Toriel arrosait son jardin.

Elle entendit des pas.

Se retourna.

Tanar s'arrêta à l'entrée du jardin avec cette politesse instinctive qu'il avait — ce recul d'une personne qui attend d'être invitée plutôt que d'entrer. Son sourire était là, doux et constant.

Toriel le regarda un moment.

Elle avait entendu parler de lui — les monstres parlaient, et dans une petite ville les nouvelles circulaient vite. Elle savait ce qui s'était passé sur la place. Elle savait qui il était pour North.

Elle aurait pu fermer la porte de son jardin.

Elle ne le fit pas.

— Tu veux du thé, dit-elle. Ce n'était pas tout à fait une question.

Tanar inclina la tête.

— Avec plaisir.

Ils s'assirent dans la cuisine — la même cuisine où North avait bu son premier thé deux jours plus tôt, dans ce même silence hésitant d'un garçon qui ne savait pas être accueilli. Tanar s'assit avec une aisance différente — celle de quelqu'un qui s'adapte à tous les espaces parce qu'il n'appartient vraiment à aucun.

Toriel posa les tasses. S'assit en face de lui.

Le regarda.

— Tu lui as fait du mal hier, dit-elle. Sa voix était douce. Pas accusatrice — Toriel avait depuis longtemps dépassé le stade où l'accusation lui semblait utile. Mais directe.

— Oui, dit Tanar.

— Et tu recommenceras.

— Probablement.

Toriel entoura sa tasse de ses deux mains. Regarda le thé.

— Pourquoi es-tu venu ici ? dit-elle. Pas dans ma cuisine. Dans ce monde.

Tanar réfléchit.

— Pour lui dire des choses, dit-il finalement.

— Des choses qui nécessitaient un combat ?

— Des choses qu'il n'aurait pas entendues autrement. Tanar sourit légèrement. North n'entend que ce qui traverse ses défenses. Et ses défenses sont... considérables.

Toriel hocha lentement la tête.

— Je connais ce type de défenses, dit-elle doucement. J'en ai eu moi aussi. Longtemps. Elle leva les yeux vers Tanar. Elles ne protègent pas vraiment. Elles isolent.

— Je sais, dit Tanar.

— Et toi ? dit Toriel. Ses yeux rouges étaient directs, bienveillants, avec cette profondeur particulière des êtres qui ont vécu assez longtemps pour ne plus avoir peur des vraies questions. Toi tu as quel type de défenses ?

Tanar la regarda.

Le sourire tint.

Parfaitement.

Toriel ne détourna pas le regard.

Elle attendit — avec cette patience infinie qu'elle avait, cette capacité à laisser le silence durer sans le remplir, à laisser les gens arriver à leur propre rythme vers les choses qu'ils n'étaient pas encore prêts à dire.

Tanar baissa légèrement les yeux vers sa tasse.

— Du thé, dit-il finalement. À la place de répondre vraiment.

C'était une esquive. Ils le savaient tous les deux.

Toriel sourit doucement. Ne le força pas.

— Il y en a encore dans la théière, dit-elle simplement.

Plus tard — quand il repartit dans la ville, les mains dans les poches, le sourire en place — Tanar marcha jusqu'au bord du chantier.

S'arrêta.

Regarda.

North était là — les manches retroussées, les cheveux un peu défaits, avec de la poussière de construction sur la veste qu'il n'avait pas encore remarquée. Il tenait une planche d'un côté pendant que Frisk tenait l'autre, et un monstre fixait la structure entre eux en donnant des instructions que North suivait avec une concentration totale et une maladresse sincère.

Et les monstres autour souriaient.

Pas pour se moquer. Pas avec condescendance. Avec cette chaleur simple et directe de gens qui voient quelqu'un essayer et trouvent ça suffisamment beau pour sourire.

North ne les voyait pas sourire.

Il regardait sa planche.

Mais quelque chose dans sa posture — quelque chose de très subtil, d'infime, que personne d'autre n'aurait su lire — était différent d'hier. Différent d'avant-hier. Comme si quelque chose de très légèrement plus lourd que d'habitude s'était posé dans ses épaules.

Pas de la fatigue.

De l'appartenance. Hésitante. Inconsciente. Mais là.

Tanar le regarda longtemps.

Et dans sa poitrine — dans cet endroit que le sourire était censé couvrir entièrement, hermétiquement, sans exception — quelque chose se déplaça.

Quelque chose qui ressemblait à de la fierté.

Vieille. Lointaine. Le genre de fierté qu'on a pour les gens qu'on a connus avant, qu'on a regardés de près, dont on connaît les batailles intérieures parce qu'on y a participé.

Il la reconnut.

Il ne l'autorisa pas.

Il se détourna du chantier et repartit dans les rues de la ville — ce monde qui glitchait légèrement sur son passage, qui essayait encore de l'expulser, qui n'avait pas encore accepté qu'il était là pour rester.

Mais quelque chose dans sa démarche était un demi-pas plus lent qu'avant.

Juste un demi.

À suivre — Chapitre 8 : Ce qui grandit dans les fissures

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