La semaine avait la texture des semaines calmes — pas d'urgence, pas de décision à prendre immédiatement, juste le travail qui avançait à son rythme propre comme une rivière qui n'a pas besoin qu'on l'aide à couler.
Aldric aimait ces semaines-là en théorie.
En pratique elles le rendaient légèrement méfiant. Les semaines calmes avaient tendance à précéder des semaines qui ne l'étaient pas.
Il était assis dans les archives de l'Académie — une salle au deuxième sous-sol, accessible depuis la semaine dernière avec son nouveau niveau, où l'air sentait la pierre ancienne et l'encre séchée depuis trop longtemps. Les étagères montaient jusqu'au plafond. Les documents étaient classés par siècle d'abord, par type ensuite, par nom de famille en dernier. Un système de classement que quelqu'un avait construit avec soin et que personne n'avait amélioré depuis cent ans.
Il cherchait le nom d'Elyne depuis quarante minutes.
Il ne le trouvait pas.
Ce n'était pas une surprise — si sa mère avait été quelqu'un de remarquable dans le monde du Flux, elle aurait peut-être choisi de ne pas l'être officiellement. Mais l'absence d'un nom dans des archives n'était pas la même chose que l'absence d'une personne dans l'histoire. Les archives reflétaient ce que les institutions voulaient garder, pas ce qui s'était réellement passé.
Il allait refermer le dossier des lignées de la région de Caermund quand quelque chose attira son attention.
Pas le nom d'Elyne.
Une note marginale. Petite, en latin d'église, dans l'écriture serrée de quelqu'un qui avait voulu écrire beaucoup dans un espace petit. Elle était dans le dossier d'une autre famille — les Maren, une lignée de Traceurs modestes qui s'était éteinte il y a quarante ans — et elle ne concernait pas les Maren directement. Elle concernait un témoin cité dans leur dossier.
Elyne, sans patronyme connu. Présente lors de l'évaluation de Traceurs de 1384. N'a pas participé à l'évaluation. A refusé l'enregistrement officiel. Variant non documenté à sa demande expresse. Note du registraire : capacités observées inhabituelles. Transmission au Bureau central recommandée mais non effectuée suite à intervention du Maître Dorvaine.
Aldric relu la note deux fois.
Dorvaine. Le nom du Maître qui l'avait admis à l'Académie — celui qui avait regardé ses défauts simulés et dit bienvenue à l'Académie, Mirval sans poser de questions supplémentaires.
1384. Il calcula rapidement — quarante-deux ans plus tôt. Dorvaine devait avoir une trentaine d'années. Jeune Maître, peut-être. Assez jeune pour ne pas encore appartenir entièrement au système. Assez jeune pour laisser partir quelqu'un sans le signaler.
Variant non documenté à sa demande expresse.
Sa mère avait un variant. Elle avait refusé qu'on l'enregistre. Et quelqu'un avait accepté ce refus alors que le protocole imposait de transmettre l'information.
Aldric sortit son second Carnet.
Il copia la note mot pour mot, avec la référence du dossier, la date, le nom de Dorvaine.
Puis il referma le dossier des Maren et le remit exactement où il l'avait trouvé — ni trop à gauche ni trop à droite, dans la position exacte où il était avant.
Il remonta de l'archive avec quatre informations nouvelles et une question qui n'avait pas de réponse encore.
Dorvaine connaissait ma mère. Ou du moins — il l'avait rencontrée. Avant ma naissance. Avant que mon père devienne cartographe. Et quand je me suis présenté sous le nom de Mirval, il ne m'a pas dit qu'il connaissait Elyne.
Ce qui voulait dire soit qu'il ne faisait pas le lien — improbable, Dorvaine n'était pas le genre d'homme à ne pas faire les liens. Soit qu'il avait fait le lien et choisi de ne rien dire.
Aldric ajouta une ligne sous le nom d'Orven dans la colonne indéterminé.
Dorvaine.
Mira Castèn l'attendait à la sortie des archives.
Pas dans le couloir — à l'angle du couloir, légèrement en retrait, avec le livre qu'elle tenait ouvert à une page qu'elle ne lisait pas. La posture de quelqu'un qui attendait sans vouloir avoir l'air d'attendre, ce qu'Aldric reconnut immédiatement parce qu'il l'avait utilisée lui-même des dizaines de fois.
— Vous étiez en bas longtemps, dit-elle.
— Les archives sont vastes, dit Aldric.
— Oui, dit Mira Castèn. Surtout la section des lignées. Surtout pour quelqu'un dont le nom de famille ne commence pas par M.
Aldric s'arrêta.
Elle le regarda avec ses yeux qui évaluaient vite et bien.
— J'ai accès aux archives depuis deux jours de plus que vous, dit-elle. J'ai vu le dossier des Maren. La note marginale. Et j'ai remarqué que vous avez passé du temps dans cette section précisément.
— Vous me surveillez, dit Aldric.
— Je vous observe, dit-elle. Ce n'est pas pareil. Vous observez tout le monde — vous savez la différence.
Aldric la regarda.
Elle n'avait pas l'expression de quelqu'un qui menaçait. Elle avait l'expression de quelqu'un qui venait de poser une carte sur la table et qui attendait de voir ce que l'autre joueur allait faire.
— Qu'est-ce que vous voulez ? dit-il.
— Je veux savoir pour qui vous travaillez vraiment, dit-elle. Pas Caen Mirval. Pas l'Académie. Vous.
— Je travaille pour moi, dit Aldric.
— Non, dit Mira Castèn. Les gens qui travaillent pour eux-mêmes ne regardent pas les archives des lignées avec cette expression-là. Ils ont l'expression de quelqu'un qui cherche quelque chose d'utile. Vous aviez l'expression de quelqu'un qui cherche quelque chose de personnel.
Le couloir était vide. Les autres étudiants étaient en cours.
Aldric prit une décision.
Pas une décision rapide — une décision évaluée en trois secondes, ce qui était rapide pour lui mais pas précipité.
Mira Castèn savait trop et cherchait bien. Elle allait continuer à chercher qu'il lui dise quelque chose ou non. La question n'était pas de l'arrêter — c'était de décider ce qu'elle deviendrait.
— Vous avez dit, il y a quelques semaines, que vous vouliez que le Flux appartienne à tout le monde, dit-il. Comme c'est supposé être le cas.
— Oui.
— Est-ce que vous avez changé d'avis depuis ?
— Non.
— Est-ce que vous êtes prête à faire quelque chose de concret pour ça — pas juste y croire, faire quelque chose ?
Elle le regarda.
— Oui, dit-elle.
— Alors venez ce soir, dit Aldric. La Maison Veritas, rue des Clercs. Dix-neuf heures. Vous ne dites rien à personne et vous ne prenez aucune note en chemin.
Il reprit sa marche vers la sortie du couloir.
— Quel poste ? dit Mira Castèn dans son dos.
Aldric s'arrêta sans se retourner.
— Poste 3, dit-il. L'Ombre.
Il continua.
Derrière lui, il entendit le livre se refermer.
La réunion de dix-neuf heures fut courte.
Mira Castèn arriva à l'heure exacte — comme Ilane, ce qui était un bon signe. Elle écouta la présentation du Corbeau Blanc sans interrompre, posa trois questions précises à la fin, et dit oui avant qu'Aldric ait fini sa phrase sur ce que le Poste 3 impliquait concrètement.
— Les opérations sensibles, dit-il. Ce que la Maison Veritas ne peut pas faire officiellement.
— J'ai déjà opéré de façon non officielle, dit-elle. Brennan peut confirmer.
— Brennan ne confirme rien à personne pour l'instant, dit Orven depuis le coin de la pièce où il s'était installé sans que personne ne lui ait dit de s'asseoir là. Il a reçu de nouvelles instructions cette semaine. Sa surveillance s'étend au-delà de l'Académie.
Tout le monde le regarda.
— Comment vous savez ? dit Ilane.
— Parce que je les lui ai transmises, dit Orven. C'était la condition pour que Maran ne se méfie pas de ma loyauté encore quelques mois. Les instructions viennent de lui mais elles passent par moi. Ce qui me permet de les filtrer.
— Qu'est-ce qu'il cherche en dehors de l'Académie ? dit Aldric.
— Des structures non officielles récentes dans Arnfeld et ses environs, dit Orven. Des regroupements d'individus sans affiliation claire. Des flux financiers inhabituels dans la ville basse.
— Il cherche le Corbeau Blanc, dit Mira Doran depuis son bureau. Sans savoir que c'est le Corbeau Blanc.
— Il cherche quelque chose qui ressemble à ce que construirait Aldric Voss, dit Orven. Ce qui est presque la même chose.
Aldric regarda la table.
— Combien de temps avant que Brennan tourne autour de la Maison Veritas ? dit-il.
— Trois semaines, dit Orven. Peut-être quatre si je ralentis les rapports entrants.
— Quatre semaines, dit Aldric. Bien.
Il se leva et alla chercher un document dans son sac — une feuille pliée qu'il posa au centre de la table.
— La Maison Veritas a signé ce matin son premier contrat important, dit-il. Le comte Aldren de Mirport — propriétaire de cinq domaines dans la région est, qui cherche une cartographie complète de ses terres pour un différend frontalier avec son voisin. Contrat sur six mois, paiement d'avance, montant suffisant pour financer le loyer du quartier général pendant un an.
— Aldren de Mirport, dit Ilane lentement. C'est un nom connu dans les cercles de renseignement militaire. Il siège au conseil provincial.
— Je sais, dit Aldric. C'est pour ça que j'ai accepté le contrat. Un client au conseil provincial donne à la Maison Veritas une crédibilité que dix clients ordinaires ne donneraient pas.
— Et ça nous donne accès à ses informations, dit Ilane.
— Ça nous donne accès à sa confiance d'abord, dit Aldric. Les informations viennent après, si on mérite la confiance. On ne commence pas par prendre.
Ilane hocha la tête — pas d'accord enthousiaste, enregistrement méthodique.
Mira Castèn regardait le document du contrat.
— Six mois, dit-elle. La cartographie sera faite par qui ?
— Par moi, dit Aldric. Officiellement sous le nom de Gareth Ashfen, fondateur décédé dont les travaux sont continués par l'équipe de la Maison Veritas.
— Et si le comte veut rencontrer le cartographe en personne ?
— Il rencontrera Caen Mirval, dit Aldric. Apprenti principal du fondateur, chargé de l'exécution sur le terrain. J'ai déjà préparé le dossier.
Mira Castèn posa le document.
— Vous avez préparé le dossier avant de savoir si le contrat serait signé, dit-elle.
— Je préparais le dossier depuis trois semaines, dit Aldric. Le contrat était probable à soixante-dix pour cent. Ça valait la préparation.
Elle le regarda avec une expression qu'il ne savait pas encore nommer complètement — quelque chose entre l'admiration et une légère irritation, comme quelqu'un qui venait de comprendre dans quoi il s'était engagé.
— Bienvenue au Corbeau Blanc, dit Mira Doran depuis son bureau, sans lever les yeux de ses colonnes.
Aldric rentra à l'Académie tard.
La ville était calme à cette heure — les dernières charrettes rentraient, les auberges fermaient leurs volets extérieurs, les lampadaires au Flux de la ville haute projetaient des ombres longues sur les pavés. Il marchait lentement, sans raison particulière de marcher vite.
Il pensa à Dorvaine.
Demain il trouverait un prétexte pour une conversation. Pas frontale — jamais frontale avec quelqu'un dont on ne savait pas encore ce qu'il était. Une question apparemment anodine sur l'histoire des évaluations de Traceurs, sur les protocoles anciens, sur la façon dont les décisions de non-enregistrement étaient prises autrefois.
Et il observerait la réaction.
Il pensa à sa mère. À cette note marginale — capacités observées inhabituelles — écrite par quelqu'un qui n'avait pas voulu préciser davantage.
Inhabituelles dans quel sens. Inhabituelles par rapport à quoi.
Il pensa à Lena qui avait posé les mains sur la Racine et que la Racine avait reconnue comme une descendante des constructeurs originaux.
Il pensa à lui-même qui ne subissait aucune des conséquences normales du Flux depuis le début, et qui avait un cristal noir absolu dans sa poche depuis des semaines.
Il pressa la main sur sa poitrine — la Rune de Liaison, la carte de Fenë.
Il pulsa une fois.
La réponse de Lena arriva — chaude, stable, régulière.
Je vais bien.
Il continua à marcher.
La semaine calme avait tenu jusqu'au bout.
La suivante ne serait probablement pas pareille.
Il commença à planifier pendant qu'il marchait — pas par anxiété, par habitude. Les plans qu'on faisait en marchant avaient une texture différente de ceux qu'on faisait assis — moins rigides, plus souples, plus proches de ce qui fonctionnerait vraiment.
Le Corbeau Blanc avait maintenant cinq membres du Conseil.
Brennan allait étendre sa surveillance dans trois semaines.
Dorvaine savait quelque chose sur Elyne.
Et le comte Aldren de Mirport avait signé un contrat ce matin qui changeait la nature de la Maison Veritas de façon définitive.
Beaucoup de choses en une semaine calme.
Il se demanda ce qu'une semaine agitée donnerait.
Puis il rentra à l'Académie et s'endormit en moins de cinq minutes — le signe, toujours, que les listes étaient suffisamment complètes pour que son cerveau accepte de s'arrêter.
