Le silence.
Pendant quelques secondes...
Personne ne bougea.
Personne ne parla.
Même Orion.
Même Noctis.
Même les Éclipsés.
Parce qu'ils l'avaient entendu.
Tous.
Sans exception.
BOOOOOOOOOOOOM.
Ce n'était pas un bruit.
Pas vraiment.
C'était comme...
Un battement.
Un battement de cœur.
Immense.
Impossible.
Comme si quelque chose de colossal venait de pulser derrière le ciel lui-même.
Les vitres encore intactes de Paris explosèrent.
Toutes.
Au même instant.
CRASH.
CRASH.
CRASH.
CRASH.
Des milliers de morceaux de verre tombèrent dans les rues.
Les lampadaires vacillèrent.
Les immeubles tremblèrent.
La Seine se souleva de plusieurs mètres avant de retomber brutalement.
Morueshi sentit son estomac se retourner.
— C'était quoi ça...
Personne ne répondit.
Parce que tout le monde regardait la même chose.
La lune.
Ou plutôt...
L'éclipse.
L'ombre continuait d'avancer.
Plus vite.
Beaucoup plus vite.
Comme si quelque chose tirait la lune depuis l'intérieur.
Comme si elle cherchait à sortir.
Puis—
BOOOOOOOOOOOOM.
Deuxième battement.
Cette fois...
Le ciel se fissura.
Pas physiquement.
Mais visuellement.
Pendant une fraction de seconde.
Des lignes noires traversèrent l'espace.
Comme des craquelures sur une vitre.
Puis disparurent.
Morueshi recula.
— Non...
— Non non non...
— Dites-moi que je suis le seul à avoir vu ça...
Tsuki l'avait vu.
Orion l'avait vu.
Tous les Éclipsés l'avaient vu.
Et surtout...
Noctis.
Pour la première fois...
Le plus puissant des Élus Lunaires semblait réellement tendu.
Son sourire avait disparu.
Complètement.
Ses yeux fixaient le ciel.
Immobiles.
Froids.
Calculant.
Analysant.
Puis il murmura :
— C'est trop tôt.
Orion sourit.
— Oui.
— Beaucoup trop tôt.
Le vent se leva.
Un vent glacial.
Anormal.
Un vent qui ne semblait appartenir à aucune saison.
À aucun climat.
À aucune région.
Comme s'il venait d'ailleurs.
Puis—
Des cris.
Partout dans Paris.
Des centaines.
Des milliers.
Morueshi tourna la tête.
Et son sang se glaça.
Les démons.
Tous les démons.
Sans exception.
Étaient à genoux.
Dans les rues.
Sur les toits.
Au sommet des immeubles.
Ils regardaient tous la lune.
Tous.
Comme des fidèles devant une divinité.
Puis—
Ils commencèrent à hurler.
Un hurlement unique.
Un chant.
Une prière.
Une adoration.
Le bruit traversa toute la ville.
Et même Orion cessa de sourire.
Parce que ce n'était pas censé arriver.
Pas maintenant.
Noctis le comprit immédiatement.
— Ils l'entendent.
Le chef des Éclipsés fronça légèrement les sourcils.
— Impossible.
— Le sceau tient encore.
— À peine.
Répondit Noctis.
Puis—
BOOOOOOOOOOOOM.
Troisième battement.
Cette fois...
Quelque chose apparut.
Très loin.
Derrière la lune.
Une silhouette.
Juste une seconde.
Une forme gigantesque.
Plus grande qu'un continent.
Puis elle disparut.
Morueshi sentit ses jambes céder.
— Qu'est-ce que c'était...
Personne ne répondit.
Parce que personne ne voulait répondre.
Même Noctis.
Même lui.
Au même moment.
Partout sur Terre.
Les océans réagirent.
Des tsunamis commencèrent à se former.
Les marées devinrent incontrôlables.
Les animaux fuyaient.
Les oiseaux tombaient du ciel.
Les chiens hurlaient.
Les baleines remontaient à la surface.
Comme si toute la planète ressentait la même chose.
La peur.
Une peur primitive.
Une peur inscrite dans l'ADN même du vivant.
Comme si quelque chose que l'évolution avait oublié...
Revenait soudainement à la mémoire.
Dans les archives les plus anciennes du Sanctuaire Lunaire...
Une porte.
Scellée depuis des millénaires.
Massive.
Noire.
Couverte de symboles.
Personne ne l'avait ouverte depuis des générations.
Puis—
CRACK.
Une fissure apparut.
Minuscule.
Mais réelle.
Puis une autre.
Puis une autre.
Et derrière cette porte...
Quelque chose bougea.
Retour à Paris.
Le vent était devenu insupportable.
La gravité fluctuait.
Par moments les voitures flottaient.
Puis retombaient brutalement.
Les immeubles gémissaient.
Comme s'ils étaient vivants.
Puis—
Tsuki entendit une voix.
Pas celle de Noctis.
Pas celle d'Orion.
Une autre.
Une voix immense.
Ancienne.
Lointaine.
Elle semblait venir du ciel.
Du fond des océans.
Du centre de la Terre.
Partout à la fois.
Et elle murmura :
— Enfin...
Tsuki pâlit.
— Vous avez entendu ?
Morueshi le regarda.
— Entendu quoi ?
Le cœur de Tsuki accéléra.
Seulement lui.
Seulement lui.
Et Noctis.
À l'intérieur de son esprit.
Noctis était devenu totalement silencieux.
Ce qui était encore plus inquiétant.
Puis finalement...
Le légendaire Élu Lunaire parla.
Et sa voix contenait quelque chose que Tsuki n'avait jamais entendu auparavant.
De la peur.
Une vraie peur.
— Il est réveillé.
Le silence tomba.
Lourd.
Écrasant.
Puis Orion leva lentement la tête.
Et pour la première fois...
Son sourire disparut lui aussi.
Parce qu'il venait de comprendre la même chose.
Ils avaient voulu accélérer l'éclipse.
Mais ils avaient perdu le contrôle.
Quelque chose s'était réveillé avant l'heure.
Quelque chose qui n'obéissait à personne.
Ni aux Éclipsés.
Ni aux démons.
Ni aux Élus.
Ni même à Noctis.
Puis le ciel entier trembla.
Et au centre de la lune rouge...
Deux yeux s'ouvrirent.
Immenses.
Brillants.
Anciens.
Des yeux si gigantesques que même les nuages semblaient minuscules face à eux.
Pendant une seconde...
Le monde entier cessa de respirer.
Les océans.
Les montagnes.
Les villes.
Tout.
Comme si la Terre elle-même venait de comprendre qu'elle était observée.
Morueshi sentit son cœur s'arrêter.
Orion resta immobile.
Même les Éclipsés reculèrent instinctivement.
Et pourtant...
Quelque chose clochait.
Les yeux ne bougeaient pas.
Ils ne regardaient ni Paris.
Ni Tsuki.
Ni Orion.
Ni même la Terre entière.
Ils étaient fixés sur un point précis.
Très précis.
Très loin d'ici.
Noctis le comprit le premier.
Et pour la première fois depuis des siècles...
Son visage changea.
Brutalement.
— Non...
Tsuki sentit immédiatement sa tension.
— Quoi ?
Aucune réponse.
Les yeux de Noctis restaient fixés sur la lune.
Puis sur l'horizon.
Puis de nouveau sur la lune.
Comme s'il essayait de vérifier quelque chose.
Comme s'il refusait d'y croire.
— Noctis ?
Le silence dura quelques secondes.
Puis sa voix résonna dans l'esprit de Tsuki.
Plus grave que jamais.
— Ce n'est pas nous qu'il regarde.
Le sang de Tsuki se glaça.
— Alors qui ?
Silence.
Long.
Très long.
Puis Noctis tourna lentement la tête.
Vers une autre partie de Paris.
Très loin.
Au-delà des immeubles.
Au-delà des combats.
Au-delà même du champ de bataille.
Vers un seul endroit.
Vers une seule personne.
Et soudain...
Tsuki comprit.
— ... Akai ?
Cette fois—
Noctis ne répondit pas immédiatement.
Ce qui était déjà une réponse.
Morueshi remarqua immédiatement le changement.
— Attendez...
— Pourquoi vous regardez dans cette direction ?
Noctis continua de fixer l'horizon.
Comme s'il observait quelque chose que personne d'autre ne pouvait voir.
Puis finalement :
— Trouvez Akai.
Morueshi fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Pourquoi ?
Le vent devint plus froid.
Plus lourd.
Plus inquiétant.
Puis Noctis murmura :
— Parce qu'il n'est pas en train de chercher à sortir.
Tsuki sentit un frisson lui parcourir l'échine.
— Qui ?
Noctis releva lentement les yeux vers les deux pupilles monstrueuses.
Puis répondit :
— Ce qui est derrière la lune.
BOOOOOOOOOOOOM.
Un nouveau battement secoua le monde.
Les immeubles tremblèrent.
La Seine explosa à nouveau.
Mais cette fois...
Même Orion paraissait troublé.
Comme s'il venait lui aussi de comprendre quelque chose.
Noctis continua :
— Depuis le début...
— Vous avez tous cru que les démons étaient ses enfants.
— Ses créations.
— Ses serviteurs.
Sa voix devenait de plus en plus sombre.
— Mais c'est faux.
Le silence tomba.
Même le vent semblait écouter.
— Les démons ne sont pas nés de lui.
— Ils sont lui.
Les yeux de Morueshi s'écarquillèrent.
— Quoi ?
— Les démons sont des fragments.
— Des morceaux.
— Des cellules.
— Des organes spirituels arrachés à son corps.
Les souvenirs affluèrent brutalement dans l'esprit de Tsuki.
Les premiers démons.
Les guerres.
Les élus.
Les sceaux.
Les sacrifices.
Tout.
Et soudain—
Une vérité apparut.
Terrible.
Évidente.
— Alors...
Tsuki sentit sa voix trembler.
— Le démon à l'intérieur d'Akai...
Noctis ferma les yeux.
Une seconde.
Puis :
— Est le fragment le plus important.
Le monde sembla devenir silencieux.
Comme si même la réalité refusait cette information.
Orion serra légèrement les poings.
Premier signe d'inquiétude.
Premier signe de peur.
— Non...
Noctis tourna lentement la tête vers lui.
— Tu comprends maintenant ?
— Vous vouliez réveiller un dieu.
— Mais vous ignoriez qu'il lui manquait encore une partie de lui-même.
Les yeux géants dans la lune brillèrent davantage.
Comme s'ils avaient entendu.
Comme s'ils confirmaient ses paroles.
Puis une voix.
Immense.
Lointaine.
Incompréhensible.
Résonna dans le ciel entier.
Pas un mot.
Pas une phrase.
Juste une intention.
Une volonté.
Une faim.
Et cette faim...
Était dirigée vers Akai.
Noctis serra les dents.
— Trouvez-le.
Maintenant.
Parce qu'il ne cherche pas à détruire la Terre.
Le regard de Tsuki vacilla.
— Alors qu'est-ce qu'il veut ?
Les deux yeux dans la lune semblèrent s'illuminer davantage.
Puis Noctis répondit enfin.
Une phrase qui fit pâlir même Orion.
— Il cherche à récupérer ce qui lui appartient.
Et très loin de là...
Quelque part dans Paris...
Le démon à l'intérieur d'Akai ouvrit lentement les yeux.
Et pour la première fois depuis le début de l'histoire...
Il sourit.
